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Histoire courte…

août 1, 2012

Le grand humaniste et l’égalité

Dans le journal, rubrique « faits divers », 3 jeunes ont violé une gamine dans un collège.

– « Allez, ca y est ils cherchent encore à les stigmatiser ! Ils parlent d’eux que quand ils font des conneries, ils pourraient nous montrer ceux qui réussissent ! mais non ! ».

Son collègue confirme.

– « Ce que j’aime bien chez toi c’est que t’es un grand humaniste ».

La remarque lui va droit au coeur. Son collègue fait le même boulot que lui, il répare, installe, dépanne et entretient des imprimantes dans toute la banlieue. Il pose le journal et finit son café. Il vérifie qu’il a tout sur lui. Il fait passer son badge devant la pointeuse et se casse. Il n’a pas compris l’humour.

– « Ouf, quelle journée ! »

Les yeux mi-clos, il rentre du boulot en RER comme des tas de gens. Il a eu du pot aujourd’hui de pouvoir être assis. Il se met à penser. Pas à cause de quelque chose qui l’a interpelé, ni pour méditer, mais parce-qu’il se fait bien chier en fait. L’humaniste n’aime pas penser à de grandes choses, il préfère se faire chier, avoir l’air con. Penser sérieusement c’est pour les bouffons has-been qu’écoutent même pas de rap, les moisis de la vieille France, penser trop ça rappelle trop les intellectuels nazis, les heures les plus sombres de notre histoire. Non… l’occidental moderne ne pense plus que mac-do/télé/rap/foot, il est consommateur c’est tout ce qui compte, ce serait trop se rapprocher du nazisme qu’il a combattu, pardon… que les marocains, les algériens et les tunisiens ont combattu. C’est Aurélie Filipetti qui lui à dit. Et même s’il a du mal, ça l’arrange d’y croire. Tant pis pour les milliers d’américains qui ont sacrifié leurs vies pour lui. Tant pis pour tous ces monuments aux morts pour la France avec tous leurs « Lucien » et leurs « Marcel ». « Mohammed » c’est plus acceptable, ca sent pas le moisi. Il est certain d’une chose : nous sommes tous égaux, surtout quand on est un immigré. Station Gare du nord, un vieux monsieur vient s’asseoir face à lui et à coté de lui une jeune femme qui l’accompagne. Il est vrai que la personne atteinte de trisomie 21 qui s’est assise à coté de lui, ca lui fout les boules. Il est pas concerné. C’est pas juste et ça l’emmerde. Il n’y a pas de raison, on est tous égaux. Il se dit qu’il a de la chance. Il s’en fout du sort de la jeune fille aux yeux en amandes, de toutes façons son papa est avec elle, évidemment. Comment pourrait-elle se débrouiller ? Et son père il bosse ? Non ? Tant pis, il est fauché, il n’avait qu’a pas avoir d’enfant trisomique, il aurait pu faire carrière. Il se dit qu’aujourd’hui on peut avorter et c’est ce qu’il aurait fait. D’ailleurs lui il n’a pas d’enfant trisomique, parce-que ca se fait pas. Le genre de réflexion que se font les gens qui n’ont pas de gosse, parce-qu’il en a pas. Les gosses c’est flippant, c’est des responsabilités, il serait obligé de les protéger, ils pourraient être handicapés. Parce-qu’on est tous égaux mais quand même. Quelques stations passent, un cousin de la cité débarque avec son casque sur les oreilles,  il sourit pas,  il est tout seul, ca doit être pour ça.  Comme il a pas bossé, il pourrait sourire mais à qui ? A tous ces cons qui bossent ? Il s’amuse à dévisager les blanc pas trop costauds. Tiens il croise le regard d’un autre cousin de la cité, sourire, petit salut. Lui il s’en fout de l’égalité, il pense qu’il n’est pas égal, on lui a répété durant toute sa jeunesse qu’il avait pas de chance, que tout ce qu’il lui arrive est forcément pas juste et que le français a bien de la chance de pas être arabe. Il a jamais cru tous ces bobards, peut-être 1 mn la première fois, mais ca l’arrange quand même, il joue le jeu à fond. Culture rap, art de rue, marche des beurs, c’est pas dans le coran et ça le fait bien ricaner. Ils sont trop cons ces « gouer » pense-t’il. Lui il pense et ça ne le dérange pas. Parce-que l’avenir pour lui est prometteur. Il n’aura pas à détruire sa culture, ce pays où il est né, est en train de s’effacer tout seul. Lui il regarde tout ça et ça l’interpelle. Il médite. Il se fait pas chier. Pour lui on est pas tous égaux, il y a eux et nous. Ce sera sans eux pour lui. Ces potes on peut pas y toucher, c’est marqué sur des mains jaunes. Alors que le grand humaniste lui c’est marqué nulle part. Dans son rap le babtou y a la raclée qui va avec, sa femme est un trophée. C’est qu’un con. Le grand humaniste croise son regard il lui fait un léger sourire et baisse les yeux. Lui ne lui a pas souri du tout et il n’a pas baissé les yeux. On sourit pas à un gouer. Dominé, dominant.

Finalement ils pensent tous les deux :

– Le cousin : « Sale bâtard, t’as baissé les yeux, t’es vraiment qu’un gros porc… »
– Le grand humaniste : « On est tous égaux, pourquoi je soutiendrai son regard, il m’a rien fait. »
– Le cousin : « Vas-y regarde moi et je te nique ta mère. »
– Le grand humaniste : « Putain mais pourquoi il continue à me regarder ? ah non ca y est il regarde ailleurs… ouf. »
– Le cousin : « Ma rolepa y a mes zincou, amdoulila, à la station je vais trop rigoler… »

Terminus, Banlieue et nuit qui tombe. Sonnerie et portes. Tout le monde sur le quai. Chacun rentre chez soi. Le grand humaniste ne pense plus au cousin de la cité, il ne pense plus, encore. Il marche sur le chemin qui le ramènera chez sa mère. Il est retourné chez elle parce-qu’il a eu des problèmes de loyer. Des fois on est pas tous égaux il se dit.

– Le cousin : « Hey zincou, t’as pas une garetteci ? »
– Le grand humaniste : « Non désolé. »
– Le cousin du cousin : « Vas-y il t’a pas demandé si t’étais désolé. ha ha. »
– Le cousin : « Regarde ce batard de sa mère…  » puis quelques mots incompréhensibles en arabe.
– Le cousin du cousin : « Et zarma le cheri, c’est quoi ton problème pourquoi tu nous fais la gueule ? »
– Le grand humaniste : « Je vous fais pas la gueule. »

Le temps qu’il réponde leur a permi de se rapprocher…

– Les cousins : rires et quelques mots incompréhensibles en arabe. Juste un  » vas-y je suis sûr que c’est un cistra ! » qui surnage.

Le grand humaniste pense « qu’est-ce que j’ai fait ? » car il en est sûr, on est tous égaux, il doit mal faire pour qu’on lui reproche quelquechose…

– Le cousin : « Vas-y batard je vais regarder dans tes poches si tu nous a pas caché quelquechose… Si tu bouges je te nique ta race. »
– Le grand humaniste : « Ca va pas non ? lachez-moi ! »
– Le cousin : « Je t’avais dit de pas bouger… »

Porte-monnaie, portable, équimoses…

Poste de police : Combien étaient-ils ? Il ne s’en souvient plus… quatre ou cinq. De quoi avaient-ils l’air ? C’étaient des jeunes qui devaient venir d’une cité, c’est ce qu’il dit mais il sait qu’il devrait les décrire plus précisément. Aussitôt le policier lui demande directement « noir, blanc ? »… Non plutôt de type maghrébin je dirais. Ca sonne super faux et il l’entend lui même. Une partie de lui aimerait crier que oui c’était tous des arabes, oui il a été choisi parce-qu’il est blanc… mais c’est un grand humaniste. Cette partie de lui l’effraie. Il se maitrise. Ce n’est pas un intellectuel nazi. Facho c’est pas beau. Tous égaux. Il s’en tiendra à ça. Le policier note.

– Le policier : « Ne vous inquiétez pas on a l’habitude… »

Le grand humaniste se demande s’il a bien compris… Il se contente d’acquiescer. Le policier est un noir d’origine africaine. Il a du mal à admettre que lui puisse se permettre de penser comme ça alors qu’il se l’interdit lui-même.

– Il essaye « Vous savez les jeunes.. ils ont plus de repaires maintenant… »

– Le policier : « A qui la faute ? »

Ca lui fait l’effet d’une claque. Déposition faite il rentre enfin chez lui. Sa mère inquiète s’est changée en féroce juge. Il ne la reconnait pas.

– Sa mère : « Ces espèces de petits salopards, tu as pu te défendre ? ».
– Lui : « J’ai rien pu faire mais ce n’est pas grave maman… ».
– Sa mère : « Tu as toujours été trop gentil. ».

Deuxième claque.

Trop gentil, trop con. Assis sur une chaise il médite… oui il y a des choses qui l’ont interpelé aujourd’hui. Sa chambre est restée à l’état de chambre d’adolescent. Il y a encore des posters de rappeurs. Une photo de classe de 6ème multiethnique posée là. Ses copains multicolores et hilares. Il lui arrive un truc bizarre. Il se met à penser… à la jeune fille aux yeux en amandes. Pourquoi ? Elle n’a pas mérité ça, ni ses parents. On est pas tous égaux. Et lui, il est blanc, ça ne lui a pas été favorable. Ca ne lui a jamais été. Il repense à la petite collégienne du journal. Il se met à penser et c’est maintenant que sa petite vie pourrie et égoïste de soi-disant humaniste le fait vomir…

Ca rend libre mais ça peut faire mal de penser sérieusement.

PS : C’est une simple fiction bien sûr…

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From → Résistance

4 commentaires
  1. Audrey permalink

    Une histoire qui se transformera en « c’est l’histoire d’un mec », il est dingue quand même de devoir subir ce genre de choses pour ouvrir les yeux… Même si cette histoire est inventée, de toute façons quelqu’un l’a forcément vécu, aucune importance donc.
    Quelque part c’est vrai ces « jeunes » n’ont pas de repaires, enfin si un seul : la certitude d’être excusé et d’être la victime profonde « le grand méchant au coeur d’or » comme la Fouine par exemple. Ce seul repaire lui donne tout les droits et il le sait très bien.
    Je pense que si l’Occident avait été plus ferme dès le départ les choses auraient peut-être pu se passer autrement… Hé oui, peut-être que finalement les plus grand fautifs c’est nous.

  2. Merci. Vous visez juste. C’est « l’histoire d’un mec » qui m’a poussé à écrire celle-ci. Malheureusement elle ne pourra pas avoir autant d’impact, parce-que ce n’est plus une approche « nouvelle », sans parler de talent. Cependant j’espère que je ne serais pas le seul a être inspiré, non… en fait j’en suis sûr. Et d’ailleurs il y en a déjà d’autres. J’ai pas envie de condamner les jeunes d’origine arabe, les noirs, ça m’intéresse pas. Il y en a qui essaient et même qui arrivent. Je veux juste dire la vérité crue de mon quotidien, du notre, du leur. Ma souffrance, celles des autres, des miens. Ce n’est pas l’occident mais l’humanité toute entière qui a quelque-chose à se reprocher. Il y a du boulot pour tout le monde.

    En ce qui concerne la Fouine.. que dire ? C’est le produit incipide de notre système actuel, au même titre que le français qu’on dit « de souche » (traduction : blanc) qui ne serait plus qu’un consommateur. Plus belle la vie. Culture de la médiocrité, négation des idéaux ancestraux, etc…

  3. flyingdust permalink

    excellent! C’est ce que je pense aussi! Pas mal de gens font preuve d’une tolérance halluçinante vis à vis des occidentaux africains comme ce personnage fictif, ça sonne bien réel. Evidemment cette tolérance( soumission? quelqu’un a dit soumission?) est loin d’être appliquée à toutes les catégories sociales ou ethnique, on crachera d’autant plus violemment sur le desouche, le riche, l’handicapé (l’introduction de celui-ci dans ton texte est une excellente idée d’ailleurs), le vieux, le chômeur, celui qui vote fn, qu’on idéalisera béatement l’étranger… Une de mes théories sur le fait que on entend souvent des excuses, des explications, de la compréhension aux crimes et incivilités de celui qui serait d’origine étrangère, est que on sait tous consciemment ou inconsciemment que les crimes perpétrés en france sont majoritairement de leur fait, et qu’en se lavant de toute pensée négative à l’égard de nos bourreaux, on évitera leur colère, on sera muni d’un bouclier anti-agressions, on évitera le mauvais oeil. Cette pensée que je crois assez répandue, que si on se fait agressé c’est qu’on l’a cherché, que c’est parce qu’on est un raciste, qu’on pense raciste,qu’on a peur de l’étranger(et depuis quand la peur est un mobile à l’agression?), est une pensée fondée sur une grande malhonnêteté intellectuelle, une immense lâchetée, et surtout sur une haine de soi même, car je suis convaincu que quand on pense comme ça, on n’arrive pas à se tromper soi même, ou en tout cas notre inconscient sait qu’on lui ment…

    • Effectivement comme vous le faites justement remarquer, il y a une idée latente que l’agression dont vous pourriez être victime serait provoquée par vous. Ce schéma psychique est induit par sos-racisme. La phrase « touche pas à mon pote » a eu un impact extrêmement négatif dans tous les esprits et la couleur jaune de la main n’y est pas pour rien. Remettons donc les choses à leur place : une main jaune arborée comme une étoile de David de la seconde guerre mondiale sur laquelle est inscrit « touche pas à mon pote » ne peut pas être pris autrement que comme une insulte. Il n’y a absolument rien de pédagogique là dedans, c’est un message de pure haine adressé aux français blanc, message malicieusement déguisé en un soi-disant « slogan antiraciste ». Ceux qui ont fait ça sont des irresponsables à qui a été confiée la difficile et extrêmement mal définie tâche de lutter contre le racisme. Cela s’est fait dans un contexte politique très particulier : c’est la première fois qu’un socialiste est élu sous la cinquième république. Le président élu à un tableau bien rempli, et pour passer définitivement l’éponge sur son obscur passé, la signature de l’abolition de la peine de mort lui sera d’un grand secours. Oubliés donc les 43 condamnations à mort qu’il aura paraphé durant la décolonisation, oubliée son admiration pour Pétain qui l’aura décoré de la plus haute distinction du régime de Vichy et ses diners à la maison avec un des organisateurs de la rafle du vel-d’hiv, son ami René Bousquet. Mais cela ne suffit pas, le temps passe, la réalité du terrain… Les gens commencent à se lasser et il y a des grèves. Son parti, donc lui, créera en 1984 sos-racisme et donnera les clés de l’association à un certain Harlem Désir qui en fera une excellente promotion c’est le moins qu’on puisse dire. L’association étant présentée comme une idée issue d’une bande de copains qui en avaient marre du racisme ambiant. Une partie de la jeunesse se reconnaitra dans ce combat, comme un aboutissement de l’abolition de la peine de mort, une suite trop tardive de Mai 68. Les tensions raciales qui commençaient à prendre une sérieuse tournure en particulier à cause des grèves chez PSA devaient d’après eux donc grâce à cette association être apaisée. La suite tout le monde la connait : c’est pire. Mais Mitterrand avait assuré avec sos-racisme le renouvellement de son mandat. Les français rempilent pour 7 ans de plus. « Touche pas à mon pote » est dans tous les esprits, il sonne comme une provocation à la bagarre, et c’est bien ça en vérité. Pourtant les français sont dociles, car ils veulent vraiment, comme moi en tout cas, que le racisme, je parle du vrai, soit diminué, rationalisé jusqu’à une utopique élimination. But suprême qui nous permet de progresser vers un idéal tout en sachant qu’on ne le touchera jamais vraiment. Alors même si c’est mal fait, mal dit, complètement crétin en somme, on accepte « touche pas à mon pote » pour faire avancer le schmilblik, pour que ça tourne quand même. Et dans nos têtes il y a un schéma destructeur qui se met en place : si tu touches à son pote t’es mort… t’as pas le choix. Car derrière le « touche pas à mon pote » il manque le « sinon… ». Et ça il faut bien reconnaitre qu’il est interprété assez violemment par les candidats à la victimisation. Dans le « sinon » il y a ce qu’on peut fantasmer et ce qu’on sait : le tribunal. Il y a des pogroms dans les manif anti-CPE, des dépouilles à la sortie du RER. Voilà en résumé la raison de ce stupide entêtement à vouloir appeler souleymane vladimir et à la fermer quand on se rend compte que le tueur s’appelait mohamed merah. On peut plus se taper sur la gueule en se traitant de bougnoule et de sale gouer, maintenant c’est le tribunal qui décide. Mais le tribunal a pas le droit d’être raciste non plus, alors comme ils sont blanc, toi tu seras pas ménagé parce-que il n’y a pas de risque de racisme, pour d’autres ai-je besoin de rappeler ce qui se passe dans les cités dès qu’un controle tourne mal ? Ai-je besoin de rappeller que mohamed merah n’a pas été arrêté, non pas parce-qu’on ne savait pas qu’il représentait un danger, ça on a bien compris que les renseignements généraux savaient, la police savait, tout les décideurs savaient. Non, il n’a pas été arrêté pour cette seule raison : « touche pas à mon pote ». Et le grand humaniste imaginaire dans son RER lui non plus n’a pas soutenu son regard, leur a pardonné la dépouille pour la même raison.

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